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Interview de Philippe Moreau Defarges à l'occasion de l'Année France-Russie

11:44 01/03/2010

En France comme en Russie, il y a une tradition étatique selon laquelle tout doit venir de l’État. Mais de nos jours, les rapports nouveaux entre la France, la Russie et l’Union Européenne dépendent beaucoup plus du Russe ou du Français de la rue.

Les liens entre la Russie et la France sont très anciens, très profonds et parfois très douloureux. On peut remarquer qu’il y a en France de plus en plus de Russes, ainsi à Paris il y a des Russes dans tous les milieux.

- Que va nous apporter cette année de la France en Russie et l’année de la Russie en France ? Est-ce que cela suscitera plus d’intérêt entre les habitants de nos deux pays?

Cette célébration revêt une importance sentimentale, les liens entre la Russie et la France sont très anciens, très profonds et parfois très douloureux; cette célébration est importante mais cela ne change pas fondamentalement les choses. D’ailleurs on peut remarquer qu’il y a en France de plus en plus de Russes, que les Russes circulent de plus en plus, on peut constater qu’à Paris il y a des Russes dans tous les milieux. Qu’attendre de cette célébration ? Sans doute beaucoup de belles cérémonies, d’échanges etc. Politiquement il ne faudrait pas en attendre grand-chose. Pourquoi? Parce que pour la question des rapports entre la France et la Russie, celle des rapports entre l’Union Européenne et la Russie ou entre l’Europe et la Russie est primordiale. Après tout la France dans l’Union Européenne n’est qu’un acteur parmi d’autres. Et là du point de vue politique il y a deux grandes difficultés. La première difficulté, c’est que la Russie est un pays européen, et elle ne le sait pas encore ou elle ne veut pas tout-à-fait le savoir. La Russie a toujours eu un partenariat étroit avec l’Europe par son histoire, par sa géographie, et il est vrai que la Russie s’admet comme pays européen. Comme vous le savez, il y a une originalité russe, une spécificité russe qui est très importante dans la culture étatique russe. C’est la première question, elle concerne l’évolution interne de la Russie. La deuxième question, c’est celle de l’Union Européenne qui est aujourd’hui absorbée par des problèmes très importants et notamment sur la question économique et monétaire.

- Dans quel domaine considérez-vous que le potentiel est le meilleur pour une coopération renforcée?


Le but n’est pas tellement d’assurer une coopération étatique plus étroite. Bien sûr c’est important mais l’essentiel est que les deux sociétés, les deux économies s’interpénètrent de plus en plus.

Pour moi ce qui est le plus important, c’est d’augmenter les investissements de l’Europe vers la Russie et aussi de la Russie vers l’Europe. C’est tout ce qui fait la vie économique et sociale. C’est vrai qu’en France comme en Russie, il y a une tradition étatique selon laquelle tout doit venir de l’État. Or nous avons un monde un peu différent où les rapports nouveaux entre la France, la Russie et l’Union Européenne dépendent beaucoup plus du Russe ou du Français de la rue.

- Est-ce que vous trouvez que cette idée de l’année croisée attirera plus l’attention des Français vers la culture russe?


Je n’y crois pas beaucoup. C’est une grande célébration officielle comme il y a eu l’année de la Chine, et il ne faut pas avoir d’illusions. Il y a en France un véritable intérêt, même une passion pour la Russie, mais c’est le fait d’une minorité cultivée. C’est le fait de gens qui ont lu Tolstoï, écouté Tchaïkovsky, Prokofiev. Il ne faut pas d’avoir trop d’illusions sur ce genre d’événements. Mais en même temps c’est bien, c’est même très bien ! C’est bien si c’est l’occasion pour des Russes de venir en France et pour des Français d’aller en Russie. C’est l’occasion de rencontrer des musiciens, des peintres, des écrivains russes qui circulent autant que les écrivains et les peintres français etc. Il faut espérer mais il ne faut pas en attendre des miracles.

*Philippe Moreau Defarges est co-directeur du rapport RAMSES à l’Institut français des relations internationales (IFRI), professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et chargé de séminaire (gouvernance globale) en DEA de relations internationales à l’Université de Paris-II Panthéon-Assas. Il est aussi auteur de nombreux ouvrages de référence sur les relations internationales, la mondialisation et la construction européenne.

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