
L'art politique est de ne pas dire ce que l'on fait mais aussi de ne pas faire ce que l'on dit. Il règne depuis six mois une sorte de couverture mystérieuse sur l'actualité d'où n'émerge que tremblement de terre ou tempête. En France, en Russie et un peu partout dans le monde.
Les problèmes sociaux liés à la crise mondiale ne sont plus évoqués. Il n'y a jamais eu autant de grèves et jamais la presse n'en a si peu parlé. C'est la politique de l'autruche qui a conduit Nicolas II et sa famille à Ekaterinbourg et Louis XVI à la place Louis XV et qui a en outre conduit la Russie au sinistre traité de Brest-Litovsk.
Car le peuple ne plaisante pas lorsque son minimum vital est atteint. Les gardes du corps, fussent-ils fidèles comme les gardes suisses de Louis XVI ne protègent en rien contre la colère du nombre, qui fonctionne à la manière d'une cocotte minute, pas plus que le silence de la presse ne protège de quoi que ce soit.
Il existe toujours, ici et là dans les courants de pensée, une toile rouge pour relater la vérité et cette vérité est d'autant plus convaincante qu'elle n'a pas à être travestie. La légitimité de l'élu est que le peuple doit s'y retrouver. Si seule une élite s'y reconnaît, c'est cette élite qui est mise en danger. La sauver ne sauve pas nullement le pays.