Zoom sur la presse russe
Revue de la presse russe du 5 mars

Revue de la presse russe
© flickr.com/ by pedrosimoes7
Vedomosti/Kommersant
Des sanctions contre l’Iran menaçantes, mais absurdes
La teneur de la résolution américaine sur les sanctions contre l’Iran est maintenant connue. Les experts ne lui accordent aucune chance d’être adoptée puisqu’il est fort probable que la Russie et la Chine ne les soutiendront pas, lit-on vendredi dans les quotidiens Vedomosti et Kommersant.
Selon le New York Times qui se réfère à des diplomates américains, il est possible qu’on propose aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité d’ONU d’augmenter le nombre des citoyens iraniens dont les actifs bancaires à l’étranger seront gelés et qui peuvent être interdits de séjour dans les pays signataires de la résolution.
Il est aussi dit dans ce texte que la liste des établissements financiers avec lesquels il n’est pas recommandé de collaborer comprenne la Banque centrale d’Iran (en mars 2008 la résolution № 1803 incluait déjà dans cette liste les banques d’État Bank Melli et Bank Saderot). La liste des Iraniens sanctionnés pourrait inclure aussi les représentants de l’unité d’élite du « Corps des Gardiens de la révolution islamique » qui contrôle le programme nucléaire du pays. En février les États-Unis ont déjà pris des sanctions unilatérales contre les GRI et proposent maintenant de les valider au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU.
Un diplomate russe à l’ONU a déclaré que la représentation n’avait pas reçu de propositions en bonne et due forme de la part des États-Unis, et s’est refusé à les commenter. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Qin Gang, a déclaré jeudi que son pays ne considérait pas comme entièrement épuisé la voie des négociations diplomatiques.
« Du point de vue diplomatique, les sanctions semblent assez menaçantes », remarque Evgueni Satanovsky, directeur de l’Institut du Proche-Orient, elles sont pourtant absurdes, car elles ne pourront pas arrêter l’Iran et la Russie ne les soutiendra probablement pas.
Alexandre Loukine, directeur du Centre des études de l’Asie de l’Est et de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai) de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGuIMO) du ministère des Affaires étrangères de Russie parle aussi de l’échec auquel sont vouées ces sanctions : « De bonnes relations avec l’Iran affermissent les positions de Pékin sur fond d’aggravation des différends avec les États-Unis, et intensifient par là même ses positions stratégiques. Pour la Chine autoritaire le régime iranien des mollahs n’est pas un antagoniste politique, mais seulement une des formes nationales de gouvernement des pays du tiers monde dont Pékin se considère comme un leader. De plus, la Chine, comme État ayant fait auparavant l’objet de sanctions, traite ces dernières avec une grande vigilance, en voyant dans les sanctions l’aspiration de l’Occident de faire pression en vue d’un changement de régime politique. Pékin a toujours mené une politique de procrastination et d’atténuation des décisions concernant les sanctions contre l’Iran. En même temps la Chine ne votait jamais contre les sanctions, préférant en général s’abstenir. Ce sera probablement le cas encore cette fois aussi ».
Kommersant
En cas de conflit avec la Chine, la Russie ne pourra compter que sur ses forces stratégiques
La Chine a rendu public hier son budget militaire pour 2010, lit-on vendredi dans le quotidien Kommersant.
Pékin prévoit de dépenser pour ses besoins militaires 532,115 milliards de yuans (environ 78 milliards de dollars), soit 7,5% de plus que l’année précédente, alors que ces vingt dernières années l’accroissement annuel des ses dépenses militaires dépassait 10%. Les experts estiment que le budget militaire annoncé est considérablement minimisé.
« Les chiffres cités ne comprennent apparemment pas les importations d’armements qui sont probablement financées par des fonds gouvernementaux spéciaux, explique Mikhaïl Barabanov, le rédacteur en chef de la revue Moscow Defense Brief. C’est aussi le cas d’une série d’achats intérieurs, d’une partie des travaux de recherche et développement d’armements et des dépenses pour les éléments de réserve et des mesures de mobilisation qui sont financées en grande partie en puisant dans les budgets locaux ».
Les économistes attirent également l’attention sur le cours du yuan artificiellement minimisé, ce qui rend les dépenses militaires, en valeur réelle, encore plus importantes. Ainsi, si en 2009 les chiffres du budget militaire cités par Pékin étaient de 7,5 milliards de dollars, les experts du Pentagone ont évalué l’année dernière les dépenses totales de la Chine pour ses besoins militaires à 105-150 milliards de dollars.
D’après les données du Pentagone, depuis 1989, lorsque Pékin avait annoncé le début d’une campagne grandiose de modernisation de l’armée, le budget militaire a augmenté, en moyenne, de 12,9% par an. Selon David Chambo, directeur de China Policy Program at George Washington University, la baisse des taux d’accroissement du budget peut signifier que la Chine a enfin accompli son programme de modernisation concernant des projets d’armements onéreux.
La politique militaire chinoise suscite des appréhensions compréhensibles de la part de la Russie dont le budget militaire est de plusieurs fois inférieur à celui de la Chine. « Pour l’instant, rien ne permet de supposer que les programmes militaires de la Chine sont dirigés contre la Russie, déclare Konstantin Makienko, expert au Centre d’analyse des stratégies et des technologies. Pékin met l’accent sur le développement des forces aériennes et navales, c’est-à-dire qu’il se prépare plutôt à des opérations dans toutes les mers du monde. Cependant, dès aujourd’hui, nous cédons certainement le pas à la Chine dans le domaine des armements terrestres conventionnels ». Cela veut dire qu’en cas de conflit, seules les forces stratégiques pourraient sauver la Russie.
Gazeta.Ru/Vremia Novosteï
Vladimir Poutine reçoit les chefs de l’opposition géorgienne
Le premier ministre Vladimir Poutine, comme le président Dmitri Medvedev, refuse de communiquer avec le président actuel de la Géorgie Mikhaïl Saakachvili et ses partisans, lit-on vendredi dans les quotidiens Gazeta.Ru et Vremia Novosteï.
Il espère pourtant restaurer les relations entre la Russie et la Géorgie en contournant les autorités officielles du pays et procède à un casting des candidats à la succession de Saakachvili.
La deuxième personnalité politique géorgienne d’opposition venue à Moscou après le conflit armé en Ossétie du Sud en août 2008 est Madame Nino Bourdjanadze, ancien président du parlement. Le pionnier dans cette démarche avait été un autre opposant, l’ex-premier ministre géorgien Zourab Nogaïdeli, qui a rencontré Poutine en octobre 2009.
« Le dialogue au niveau interétatique entre nos pays est impossible mais cela ne signifie pas que nous ne sommes pas intéressés à poursuivre les relations dans d’autres directions », a indiqué Dmitry Peskov, le porte-parole du premier ministre.
Tandis que les autorités officielles géorgiennes ont rompu leurs relations diplomatiques avec Moscou et, à en juger par les faits, n’ont pas l’intention de les rétablir, l’opposition prend une voie différente. Irakli Alasania, opposant réputé, a rencontré Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, en février à Munich. Il réfléchit maintenant à l’invitation de Moscou.
Gueorgui Khaindrava, opposant géorgien connu, ne voit rien d’honteux dans les visites de ces collègues à Moscou. « Le dialogue entre la Géorgie et la Russie est absolument nécessaire, il faut rompre la glace, estime-t-il. Si ceux qui sont au pouvoir ne peuvent pas le faire, alors cela doit être fait par ceux qui ont un potentiel ».
Auparavant les politiques géorgiens qualifiaient d’impossible le dialogue avec la Russie tant qu’elle maintiendrait ses troupes en Abkhazie et en Ossétie du Sud, voire tant qu’elle ne reviendrait pas sur sa reconnaissance de l’indépendance de ces républiques. « C’est de la diplomatie, et à Moscou il sera difficile pour Bourdjanadze de prononcer en face de Poutine le mot « occupant ». À l’heure actuelle nous ne sommes pas à l’aise pour imposer nos conditions », reconnaît Khaindrava. « Poutine a misé sur les chars, dit-il. D’un autre côté, pour rehausser sa réputation dans l’arène internationale, il a besoin des relations avec les représentants de la Géorgie, et Bourdjanadze est une des personnalités les plus connues ».
« Poutine a montré qu’il est ouvert au dialogue avec la Géorgie, mais il y a Saakashvili qui se présente comme un obstacle sur la voie du grand renouvellement », déclare Alexeï Vlassov, directeur général du Centre d’étude de la CEI (Communauté des Etats indépendants). « Je ne pense pas que la Russie ait fait un choix définitif en faveur de quelqu’un. Moscou tâche de diversifier les risques », estime le politologue.
Izvestia
Russie-Ukraine: ne surtout pas accabler Ianoukovitch
L’élection présidentielle a pris fin en Ukraine mais la lutte continue, une lutte sérieuse qui porte sur la langue, la foi, sur l’interprétation du passé, le modèle de l’avenir de l’Ukraine et la place de la Russie dans cet avenir ukrainien. Intéressée dans le "redémarrage" des relations, la Russie ne pourra pas faire l’impasse dessus, lit-on vendredi dans le quotidien Izvestia.
Ianoukovitch a un choix à faire entre deux voies. La première, déjà empruntée par Leonid Koutchma, consiste à délaisser les problèmes de développement des langues, de la culture, de l’enseignement, et ensuite les affaires étrangères, les questions de défense et de sécurité aux adversaires d’hier, pour se concentrer sur le travail quotidien dans le domaine économique. L’expérience prouve que la « communion d’âmes » entre l’Ukraine occidentale et l’Ukraine orientale est impossible sur cette base et qu’un homme politique qui suit cette voie y perd ses amis et ne se trouve aucun nouvel allié.
La deuxième voie, moins explorée que la première, repose sur le bon sens qui suggère que celui qui paie la musique doit aussi la commander. Cela veut dire qu’il est impossible d’assurer la stabilité et la prospérité de l’Ukraine autrement qu’au prix d’un compromis réel entre ses parties occidentale et orientale, par une réforme fédérative compétente garantissant un certain degré d’auto-administration et de diversité culturelle et ethnique à chaque entité de la Fédération ukrainienne tout en maintenant à l’Ukraine son statut de pays neutre et en renonçant aux versions douteuses de l’histoire qui lui sont imposées.
Gagner à sa cause les élites régionales à la suite d’une réforme compensera de façon démocratique le renforcement du pouvoir présidentiel en Ukraine inévitable en temps de crise et permettra de maintenir le pays sous contrôle dans un an ou un an et demi, lorsque Ioulia Timochenko et ses compagnons "orangistes" essaieront de renverser le pouvoir aux cris de « A bas Ianoukovitch ».
Il est évident que c’est cette perspective qui s’offre à l’Ukraine et que devrait soutenir la Russie pour ne pas refaire les erreurs du passé. Difficile de dire quel sera le prix du soutien à cette solution, mais une chose est sûre: y renoncer signifierait pour la Russie un véritable échec géopolitique. Dans le cas de l’Ukraine, il n’y a pas, ou presque, de dépenses auxquelles la Russie ne doit pas consentir. Aujourd’hui, il faut tendre la main à l’Ukraine et ne surtout pas acculer Ianoukovitch dans une impasse en l’accablant des griefs accumulés durant ces dernières années.
Auteur: Konstantin Zatouline, directeur de l’Institut des pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI).
Ces textes tirés de la presse n’engagent pas la responsabilité de RIA Novosti.

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