RIA Novosti

Revue de la presse russe du 9 mars

16:54 09/03/2010

La reconnaissance par les États-Unis du génocide arménien profiterait aux relations entre Ankara et Moscou / Le nouveau président ukrainien manœuvrera entre Bruxelles et Moscou / Le président invite à renouveler un dixième des arsenaux militaires par an / Achkhabad décidera du sort de Nabucco

Kommersant

La reconnaissance par les États-Unis du génocide arménien profiterait aux relations entre Ankara et Moscou.

La semaine dernière la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants du Congrès des Etats-Unis a approuvé le projet de résolution reconnaissant le génocide arménien par la Turquie au début du XX siècle, lit-on mardi dans le quotidien Kommersant.

Ankara a rappelé son ambassadeur à Washington et a annoncé qu’elle cherchera un autre partenaire pour les questions énergétiques en la Russie.

En 1974 et en 1985, le Congrès des États-Unis avait déjà examiné des résolutions pareilles, mais elles n'étaient jamais adoptées. En 2007 la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants du Congrès a approuvé le projet. Ankara avait alors aussi vigoureusement protesté et rappelé son ambassadeur. Le président américain, George W.Bush, avait malgré tout réussi à persuader les membres du congrès de ne pas réaliser le vote. A présent tout se complique car Barack Obama, au cours de sa campagne électorale, a promis de reconnaître le génocide arménien et nombreux sont ceux qui attendent de lui des actions énergiques.

Le lobby arménien aux États-Unis est traditionnellement assez puissant. Seul le lobby juif pourrait rivaliser avec lui, mais  après le refroidissement des relations entre Israël et la Turquie, son soutien actif à Ankara a considérablement décliné. D'autre part, Washington s'inquiète de la politique trop indépendante des Turcs, qui de plus, consolident leurs relations avec l'Iran. Quand  en février les États-Unis ont proposé à la Turquie de  déployer sur son territoire un radar antimissile, Ankara a refusé, expliquant qu’il faudrait d'abord se garantir l’appui des autres pays membres de l'OTAN. Les Turcs ne sont pas pressés de ratifier le protocole de normalisation des relations avec l'Arménie, bien que les États-Unis appellent à le faire  depuis longtemps.

Cependant Ankara a déjà fait allusion au fait qu’il pourrait facilement trouver un autre partenaire pour les questions énergétiques, par exemple la Russie. Selon des sources au gouvernement turc, la Turquie «est prête à ouvrir ses portes à une nouvelle coopération avec la Russie sur cette question», si les États-Unis persistent à vouloir reconnaître le génocide.

L’approbation de la résolution sur le génocide arménien par le Congrès reste peu probable : trop de choses sont en jeu. La Turquie soutient les actions militaires des États-Unis en Afghanistan et en Irak, et Washington a intérêt non seulement à poursuivre, mais aussi à renforcer cette coopération. Ce qui est aussi important, c’est la base aérienne américaine d’Incirlik, sans laquelle  plusieurs opérations des forces aériennes américaines seront compromises. De plus, la Turquie est en train de devenir une position stratégique pour le transit du pétrole et du gaz du Proche-Orient et de la région caspienne aux pays occidentaux.

 

Rossiïskaïa gazeta/Izvestia

Le nouveau président ukrainien manœuvrera entre Bruxelles et Moscou

Le nouveau président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, s'est rendu à Moscou, mais sa future politique extérieure reste toujours une véritable énigme, lit-on mardi dans les quotidiens Rossiïskaïa gazeta et Izvestia.

Lors de sa rencontre avec les hauts responsables russes, Viktor Ianoukovitch a évoqué une "nouvelle page" des relations des deux pays, n'ayant pourtant visiblement aucune envie d'écrire lui-même quoique ce soit cette page.

"La Russie a espéré que l'Ukraine renoncerait officiellement à une adhésion à l'OTAN, qu'on inviterait Gazprom à un nouveau consortium gazier et que Kiev accepterait une prolongation du stationnement de la Flotte russe à Sébastopol après 2017", indique Alexander Rahr, expert du Conseil allemand pour la politique extérieure.

"Il reste l’espoir d’une adhésion à moyen terme de l'Ukraine à l'Union douanière et à l'Espace économique unique", poursuit-il. "La Russie a attendu une confirmation de tous les accords gaziers signés par le premier ministre Ioulia Timochenko. Ces derniers sont avantageux pour la Russie et obligent Kiev à payer un prix de marché pour le gaz fourni".

Selon l’expert, l'Ukraine comptait de son coté obtenir un gaz bon marché ainsi que des préférences commerciales. Aujourd'hui, Kiev est incapable de vendre une part considérable de ses produits sur les marchés européens, qui restent toujours fermés pour l'Ukraine malgré son statut de membre de l'OMC.

"Kiev espère que la Russie ne différenciera pas son transit de gaz en contournant l'Ukraine. Ianoukovitch se rend  parfaitement compte qu'il n'est plus en mesure de freiner la construction de Nord Stream, mais il fera tout son possible pour suspendre la mise en œuvre de South Stream afin que le transit du gaz passe par l’Ukraine", estime Alexander Rahr.

"Les espérances ukrainiennes envers la Russie ont été très pragmatiques, alors que la Russie a compté sur un rétablissement de certains processus de réintégration politique avec l'Ukraine", conclut l'analyste allemand. "N'oubliez pas que le président ukrainien a visité

Bruxelles avant de se rendre à Moscou. Et tout l'Occident s'est rangé à ses pieds. L'Ukraine reste toujours aux yeux des occidentaux un pays européen très important, qu'ils ne peuvent pas se permettre de perdre".

"Il ne faut attendre de Ianoukovitch qu'une politique avantageuse pour son pays: il tentera de manœuvrer entre l'Europe et la Russie. Aucune autre politique n'est en mesure d'apporter de bons résultats pour l'Ukraine d'aujourd'hui", affirme Gleb Pavlovski, président de la Fondation pour une politique efficace. "Ni l'Europe, ni la Russie ne sont actuellement capables de faire à l'Ukraine une offre assez séduisante pour créer même en théorie la perspective d'une coopération unilatérale. C'est pourquoi Ianoukovitch cherchera à garder de bonnes relations avec tout le monde".

 

RBC Daily/Gazeta

Le président invite à renouveler un dixième des arsenaux militaires par an

Vers 2020, l'équipement de l'armée russe devra comprendre 70% de nouveautés. Cela nécessite de renouveler l'armement à hauteur de 9-11% par an, lit-on mardi dans les quotidiens RBC Daily et Gazeta.

Cette tâche a été posée par le président Dmitri Medvedev au cours du récent bureau du ministère de la Défense. Ces plans sont honorables, mais trop éloignés de la réalité, estiment les experts.

La part d'équipement moderne de l’armée russe est de 10%, le reste étant le matériel obsolète, qui ne répond pas aux exigences des guerres modernes, fait remarquer Igor Korotchenko, le membre du conseil public du ministère de la Défense. La pratique existante montre qu'aucun programme du réarmement n'est réalisé à coup sûr et à temps. «Un nouveau visage de l'armée sans nouvelle arme c’est une absurdité, mais il faut rester réaliste, dit l'expert. Si on arrive au moins à compléter l’armée par un équipement moderne ne serait-ce qu’à 50%, ce sera déjà très bien».

«Le complexe militaro-industriel est détruit, les industries sous-traitantes dont la production dans les années 90 n'a  été livrée ni à l’armée ni à l'étranger, ont été complètement démantelées, il n’y a plus de coordination», constate Léonid Ivachov, président de l'Académie des problèmes géopolitiques. «Malheureusement, l’équipement n’est pas doté en unités, remarque-t-il. Souvenons-nous du Mig 29 SMT de la génération « 4+ », du Su 37 à l'aile à flèche inversée, des hélicoptères Кa-50 «Requin Noir» et Кa-52 «Alligator» qui avaient impressionnés le monde. Où sont-ils? Pas un seul de ces modèles n'a été affecté à l’armée. On craint que le même sort n'arrive à PAK-FA de Soukhoï, l'avion de chasse de cinquième génération.

D'ailleurs, les experts indiquent que les fonctionnaires ont appris à augmenter la part d'armement moderne d'une autre manière. «Par exemple, les forces armées comptaient à peu près de 23000 chars, dit Ivachov. Presque tous, sauf quelques centaines, sont des chars obsolètes produits à l’époque soviétique. Alors il a été décidé de réduire le nombre total de chars jusqu'à 2000, et évidemment la part des nouveaux chars a été immédiatement multipliée. C’est exactement la même démarche qui a été suivie pour l’aviation. L’état-major général a qualifié une telle ruse de démilitarisation».

 

Kommersant

Achkhabad décidera du sort de Nabucco

La Commission européenne a octroyé 2,3 milliards d'euros à la mise en œuvre de projets gaziers et énergétiques, 200 millions d'euros étant destinés à la construction du gazoduc Nabucco, lit-on mardi dans le quotidien Kommersant.

Cette somme considérable reste pourtant gelée avant qu'une décision définitive en matière d'investissement ne soit prise. L'avenir du projet dépendra probablement de la position du Turkménistan, qui pourrait fournir ses ressources en Europe. Si Bruxelles et Achkhabad n'arrivent pas à se mettre d'accord dans les prochains six mois, les fonds budgétaires de l'UE seront réorientés vers d'autres projets.

Au printemps 2008 la Commission a déjà obtenu d'Achkhabad la signature d'un mémorandum prévoyant les livraisons de 10 milliards de m3 par an. Le Parlement européen a même fait des concessions politiques sans précédent en ratifiant un accord commercial entre l'UE et le Turkménistan malgré des violations des droits de l'homme dans ce pays. Tout cela ne s'est cependant soldé par aucun progrès réel dans la réalisation de Nabucco. 

L'absence d'un accord frontalier entre l'Azerbaïdjan et le Turkménistan a déjà plusieurs fois freiné la mise en oeuvre du gazoduc Transcaspien, destiné à fournir le gaz turkmène vers Nabucco. La distance entre le littoral turkmène et le système azerbaïdjanais de transport du gaz, qui est lié à la Turquie par le tube du Caucase du Sud, n'atteint que 200 kilomètres, mais les parties s'avèrent toutefois incapables de résoudre leur litige territorial.

Le Turkménistan serait prêt à fournir son gaz vers l'Europe en contournant l'Azerbaïdjan, c'est-à-dire via le territoire russe ou iranien, indique une source au sein du gouvernement. Achkhabad pourrait utiliser à ces fins un gazoduc allant du gisement de Dovletabad en Iran (12 milliards de m3 par an), mais cette idée se heurtera certainement à une résistance de Washington, qui a de fait privé Nabucco de ressources gazières pour isoler Téhéran.

D'ailleurs, Nabucco n'a pas encore résolu tous ses problèmes intérieurs. Ainsi, l'Azerbaïdjan n'arrive pas à s'accorder avec la Turquie sur les modalités des fournitures et du transit de gaz en manifestant la volonté de livrer ses ressources énergétiques en Russie et en Iran.

Quant à Nabucco, les responsables de Bakou ne dissimulent pas leur scepticisme. Les hommes politiques bulgares sont de même avis. Les plans des organisateurs de remplir le tube avec le gaz azerbaïdjanais ou irakien ne se fondent en réalité sur aucun contrat. Le gazoduc manque toujours de ressources réelles.

Le parlement turc a ratifié jeudi dernier le projet de loi sur la construction de Nabucco. Pourtant, le comité des affaires internationales de la Chambre des représentants du Congrès américain a reconnu le même jour le génocide arménien par l'Empire ottoman, ce qui a tout de suite obligé Ankara à proclamer le renforcement de relations avec Moscou. Toutes ces déclarations politiques n'ont pour le moment aucunement affecté la mise en oeuvre des projets énergétiques, mais le soutien financier promis par Washington à Nabucco n'a jamais eu lieu.      

 

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