RIA Novosti

Revue de la presse russe du 10 mars

16:25 10/03/2010

Les Etats-Unis pourraient contourner les restrictions du traité START avec l’aide de la Grande-Bretagne / La reconnaissance éventuelle par les États-Unis du génocide des Arméniens: une tempête dans un verre d’eau / La nouvelle crise mondiale sera géopolitique (sondage) / Rosneft obtient hors concours un gisement sur le plateau continental de Sakhaline

Nezavissimaïa gazeta

Les Etats-Unis pourraient contourner les restrictions du traité START avec l’aide de la Grande-Bretagne

 

Alors que les experts russes considèrent le nouveau traité START comme un accord de réciprocité, les États-Unis ont en réserve un moyen permettant d’abaisser les limites imposées au développement de leurs forces stratégiques nucléaires, lit-on mercredi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

En 1962, la Grande-Bretagne a accepté de faire reposer ses forces stratégiques nucléaires sur les missiles américains Polaris, installés sur ses sous-marins atomiques. «Les accords de Nassau » dans leur version renouvelée sont en vigueur encore aujourd’hui. Les forces stratégiques nucléaires britanniques disposent actuellement de quatre sous-marins nucléaires de classe Vanguard produits chez eux. Ils sont équipés de missiles américains Trident-II. En cas de guerre les forces stratégiques nucléaires britanniques seront impliquées automatiquement avec les forces américaines.

La participation des États-Unis au programme de modernisation des forces stratégiques nucléaires britanniques leur offre la possibilité de contourner le traité START. Premièrement, Washington et Londres peuvent lancer les projets communs de création de nouveaux modèles d’arme nucléaire. En mai 2005 l’Institut de recherches en armes nucléaires de Grande-Bretagne a annoncé le lancement de la création d’une nouvelle génération d’ogives pour les missiles Trident-II. Les États-Unis peuvent promettre à la Russie de ne pas moderniser les ogives retirées de Trident-II, mais rien ne les empêchera de commencer leur modernisation en commun avec la Grande-Bretagne.

Deuxièmement, la coopération américano-britannique permet d’élaborer un programme renouvelé d’essais nucléaires. Les États-Unis ont établi en 1992 un moratoire sur les essais nucléaires mais n’ont jamais ratifié le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN). La Grande Bretagne a ratifié le TICEN en 1998, mais n’a pas décrété de moratoire sur les essais nucléaires. Le TICEN n’est jamais entré en jeu, et l’absence d’essais nucléaires ne repose que sur la base des moratoires nationaux. Théoriquement rien n’empêche Londres de reprendre un programme d’essais nucléaires, et Washington de rejoindre la Grande-Bretagne sans enfreindre le moratoire.

Troisièmement, le Royaume-Uni ne participe pas au Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire de 1987 et garde la possibilité de produire des armements de cette classe, comme, d’ailleurs, des missiles de croisière à lancement terrestre. Les États-Unis et la Grande-Bretagne peuvent lancer des projets communs dans ce domaine, par exemple, sous prétexte de moderniser les missiles de croisière franco-britanniques Storm Shadow (SCALP).

Les vecteurs britanniques de l’arme nucléaire prennent moins de temps de vol jusqu’aux points sensibles situés dans la partie européenne de la Russie que ceux des Américains. Les Etats-Unis peuvent continuer la modernisation de leurs sous-marins atomiques et de leurs missiles balistiques en commun avec le Royaume-Uni. L’essentiel c’est que même ayant accepté d’établir des limites pour les systèmes antimissiles dans un nouveau traité START, Washington a la possibilité de les développer sous la forme des projets communs américano-britanniques.

Toutes ces tendances sont très défavorables pour la Russie. C’est pourquoi le facteur britannique insignifiant au premier regard joue un rôle important dans l’équilibre stratégique.

Auteur: Alexeï Fenenko, chercheur à l’Institut des problèmes de sécurité internationale de l’Académie des sciences de Russie.

 

Gazeta.Ru

La reconnaissance éventuelle par les États-Unis du génocide des Arméniens: une tempête dans un verre d’eau

 

Que les législateurs américains reconnaissent ou non le fait du génocide des Arméniens et quelle que soit la réaction turque à cette reconnaissance, les raisons pour lesquelles l’Arménie et la Turquie ont décidé de se rapprocher sont toujours d’actualité, lit-on mercredi dans le quotidien Gazeta.Ru.

La Turquie aspire toujours à un rôle de leader régional et à régler les problèmes des voisins difficiles. Pour l’Arménie, la Turquie est l’unique voie vers l’Europe.

Le comité des affaires étrangères du Congrès américain a voté déjà par deux fois une résolution sur la reconnaissance du génocide des Arméniens dans l’empire ottoman. L’expérience prouve que le vote sur la résolution par la totalité du congrès n’était nullement gagné d’avance. Malgré le déchaînement des passions, toutes les parties intéressées comprennent que les motifs du conflit sont, malgré tout, artificiels.

C’est ce qui explique probablement le fait qu’après avoir fait des déclarations convenables à l’occasion, Erevan est loin de manifester son euphorie. En développant le sujet du génocide dès que l’occasion se présente, l’Arménie joue un jeu politique dans lequel on gagne à tous les coups. L’unique inconvénient de ce jeu est qu’on ne voit pas quels en sont les gains. Même si l’incroyable se produisait et que la Turquie reconnaissait, dans un élan de repentir, que ce qui est arrivé il y a 95 ans était un génocide, qu’obtiendrait Erevan dans ce triomphe de la justice historique ? Quelques jours de jubilation populaire garantiraient certainement au dirigeant chanceux sa réélection aux élections prochaines, et c’est tout. Mais l’Arménie perdra à tout jamais un prétexte permanent de rappeler son rôle dans la politique mondiale.

Certains hommes politiques turcs vexés, comme tout le monde en Turquie, par les reproches sans cesse adressées à leur pays à cause du génocide raisonnent de façon pragmatique en estimant qu’il vaut peut-être la peine de digérer cette reconnaissance et de l’oublier une fois pour toutes. Certes, c’est impossible en Turquie actuelle, ce qui épargne à l’Arménie une victoire capable de la ravaler définitivement au rang des pays-outsiders.

Puisque tout le monde comprend parfaitement que la crise actuelle est virtuelle, rares sont ceux qui puissent être trompés par l’exagération des réactions prévues. Selon le scénario, la Turquie devait prévenir que la décision du comité du congrès américain mettrait immanquablement en cause la réconciliation entre Ankara et Erevan. Cependant, le rapprochement turco-arménien a sa propre trajectoire et sa propre logique qui ne dépendent absolument pas des passions déchaînées au Congrès américain. Malgré les démarches indignées, les parties ne se hâtent pas de cesser, par exemple, les travaux de rétablissement d’un des ponts frontaliers.

Une seule question reste incertaine: faudra-t-il un nouveau décompte des voix, ou bien Barack Obama se chargera-t-il lui-même d’une nouvelle réconciliation avec la Turquie et refusera-t-il ce vote ? Du point de vue de la politique réelle, cette question est profondément secondaire.

 

Vedomosti

La nouvelle crise mondiale sera géopolitique (sondage)

 

La prochaine crise mondiale viendra dans les 10 ans et sera non pas économique ou financière, mais géopolitique, d’après ce que révèle un sondage mené par la Fondation « l’Institut du monde de l’après-crise », lit-on mercredi dans le quotidien Vedomosti.

La crise actuelle n’est pas la dernière: la prochaine en sera la suite et conduira à une redistribution des forces dans l’économie mondiale. Le modèle libéral de « la main invisible du marché » relèvera définitivement du passé, la nouvelle économie aura plus de contrôle de la part de l’Etat et sera empreinte de patriotisme nationaliste. Cela amènera à l’apparition de groupes régionaux qui auront limité le développement de la mondialisation aux valeurs des communautés locales. La Chine, l’Inde, les États-Unis, la Russie, le Brésil et l’Union Européenne deviendront les leaders du nouveau monde.

«L’Institut du monde de l’après-crise » a interrogé 247 économistes, consultants, hommes d’affaires, fonctionnaires, journalistes de 53 pays: comment voient-ils le développement futur de l’économie mondiale. « C’est un sondage parmi des experts de différentes professions, parmi ceux qui réfléchissent, comprennent et ont du poids dans la prise de décisions et la formation de l’opinion publique », explique Mikhaïl Polikarpov, chercheur à l’Institut.

Un quart des experts à demandé de ne pas faire figurer son nom, il y en a particulièrement beaucoup parmi les Chinois, ce qui montre la différence entre les points de vue officiels et réels, note Ekaterina Chipova, directrice de l’Institut. Selon elle, le pessimisme des intellectuels dans le monde est frappant. « La transformation géopolitique qui accompagne le passage à un monde multipolaire constitue une menace de guerre », dit-elle. Il existe la notion de « prophétie qui se réalise d’elle-même » selon laquelle plus de gens partagent un point de vue, plus il a plus de chances de se réaliser, s’inquiète Mme Chipova.

Le séparatisme se renforcera, de vastes déséquilibres apparaîtront qui ne pourront plus être éliminés par les moyens économiques, il sera nécessaire d’user de moyens géopolitiques, estime Vladislav Inozemtsev, directeur du Centre des études de la société postindustrielle. Les États-Unis ne résisteront pas à la domination de la Chine et au renforcement des pays en développement, affirme-t-il. Certains scénarios sont encore plus terribles, par exemple celui de l’emploi de l’arme nucléaire par les talibans, pense Sergueï Gouriev, recteur de l’École russe d’économie. Mais il y a aussi l’opinion des millions d’investisseurs qui s’exprime en cotations sur le marché et en  contrats à terme allant jusqu’à 5 et 10 ans, montrant que la prévision des crises géopolitiques a un poids de faible importance, indique le chercheur soulignant que « les marchés croient à la rationalité et la sagesse des pays ».

La Fondation « l’Institut du monde de l’après-crise » c’est un centre d’analyse indépendant créé à Moscou début 2009 par plusieurs organismes connus en Russie tels que la Fondation « Obshestvennoïe mneniïe » (Opinion publique), le Centre de partenariat non commercial « Business solidarnost » (La solidarité dans le business), la Fondation « le Centre du développement du marché des valeurs » etc.

 

RBC Daily/ Vremia novosteï/ Vedomosti

Rosneft obtient hors concours un gisement sur le plateau continental de Sakhaline

 

Rosneft a reçu de l’État, à son tour, des licences hors concours. Le gouvernement a attribué à cette compagnie un secteur du plateau continental de l’île Sakhaline, lit-on mercredi dans les quotidiens RBC Daily, Vremia novosteï et Vedomosti.

Il s’agit du secteur Mer d’Astrakhanovskoie-Nekrassovski, a fait savoir un représentant du ministère des Ressources naturelles. Par rapport aux ressources du plateau continental, l’actif n’est pas très important: 19,3 millions de tonnes de pétrole récupérables et 44 milliards de m3 de gaz (D1). En revanche, ce secteur est situé à proximité du gisement Sakhaline-1 dont Rosneft détient 20%.

Selon la loi « Sur le sous-sol », les licences pour les gisements du plateau continental ne reviennent qu’aux compagnies publiques Gazprom et Rosneft. Ces gisements sont répartis hors concours par le gouvernement. Jusque-là, la compagnie pétrolière n’avait pas eu de chance et les licences qu’elle convoitait avaient été accordées à Gazprom, y compris trois secteurs sur le plateau continental de Sakhaline.

Le gouvernement compense les revers essuyés l’année dernière par Rosneft dans la lutte pour les gisements, estime Alexandre Stock, directeur du département Due Diligence de 3K audit – Delovye konsoultatsii. Cependant, pour conserver la parité entre les deux compagnies publiques, le gouvernement devra accorder plus qu’un secteur encore à la compagnie pétrolière, ajoute-t-il.

Les experts estiment que le fait de recevoir une licence pour le gisement est bien plus important en ce moment pour Rosneft que son exploitation ultérieure. « La mise en œuvre des projets de Sakhaline, à la différence de ceux de l’Arctique, ne posera pas de problèmes. La région est explorée, l’infrastructure nécessaire existe. Mais, dans la conjoncture actuelle sur le marché des hydrocarbures, pour Rosneft, cela n’a aucun sens d’accélérer les événements. L’essentiel est d’obtenir une licence et d’attendre tranquillement que la demande augmente, après quoi les investissements pourront être accrus », a expliqué Viatcheslav Bounkov, chef du service d’analyse du groupe d’investissement Aton. Son avis est partagé par Alexandre Eremine, analyste de la société d’investissement Finam. Selon lui, « plusieurs années passeront avant la première extraction commerciale ». Pour la compagnie, l’obtention de nouvelles licences reste néanmoins l’objectif prioritaire dans la course aux hydrocarbures avec Gazprom, a ajouté l’expert.

Les analystes estiment qu’il en résulte une situation où le sous-sol de l’État se transforme en réserves pour les compagnies. Cependant, le niveau d’extraction ne change pas dans la mesure où, malgré des avantages fiscaux - pour les gisements de la mer d’Okhotsk, entre autres, les "vacances" fiscales de 15 ans ont commencé l’été dernier - et les rabais à l’exportation, les compagnies ne se hâtent pas d’investir dans des projets onéreux sur le plateau continental. Iouri Troutnev, le ministre des Ressources naturelles, s’est plaint maintes fois d’une trop faible activité dans le domaine des investissements. Selon lui, la création de réserves au moyen de gisements non aménagés est contreproductive.

 

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