
Gazeta.Ru /Kommersant
La Russie devrait cesser de regarder l'Inde de haut
Le premier ministre Vladimir Poutine se rendra jeudi en visite officielle de deux jours à New Delhi. Ce sera la deuxième rencontre russo-indienne à haut niveau de ces quatre derniers mois, lit-on jeudi dans les quotidiens Gazeta.Ru et Kommersant.
Cependant, selon les experts, sur fond de succès en matière de coopération économique et militaro-technique, la coopération politique de deux «partenaires stratégiques» laisse à désirer.
La visite de Poutine permettra d’éliminer le principal facteur d'irritation dans les relations bilatérales: l'accord sur le prix de la modernisation du porte-avions «Admiral Gorchkov» pour les forces navales indiennes sera enfin signé, ainsi qu’un contrat sur la livraison de 29 chasseurs Mig-29К. Moscou et New Delhi vont créer une coentreprise pour le développement d’un avion de transport multirôle et signer un cahier de charge et des recommandations tactique pour la création du chasseur de 5e génération. En outre, les deux pays vont signer un accord pour la construction de quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Kudankulam.
Selon les experts, sur fond de succès enregistrés dans le secteur technico-militaire et le nucléaire, le niveau général des relations bilatérales laisse à désirer. «Le chiffre d'affaires n'excédera pas 10 milliards de dollars, bien que ce soit le chiffre insignifiant du commerce de l'Inde avec la Chine ou avec les Etats-Unis, a déclaré Tatiana Chaoumian, directrice du Centre d'études indiennes de l'Institut d'orientalisme de l'Académie russe des sciences au quotidien Kommersant. Pour que les relations se développent plus loin, il est nécessaire de se guérir du syndrome de l'URSS et de cesser de regarder l'Inde de haut. Les Indiens peuvent nous aider dans le domaine des hautes technologies ».
La coopération politique se heurte à des problèmes non moins importants. «Bien que les approches de la Russie et de l'Inde coïncident sur plusieurs questions générales, il est trop tôt pour parler d'un vrai travail commun, remarque Chaoumian. Il y a des structures telles que BRIC ou le triangle Russie-Inde-Chine et leurs mécanismes de rencontres qu’il faudra encore remplir d'un contenu réel.
Il y a 10 ans, en automne 2000, à New Delhi, Vladimir Poutine a signé une déclaration sur le partenariat stratégique entre les deux pays, rappelle Vinaï Choukla, chef du bureau de l'agence indienne d'information Press Trust of India à Moscou. Hélas, ce partenariat n'était toujours pas construit: le chiffre d'affaires n'excédait pas 3-4 milliards de dollars. Malgré des sommets réguliers et une collaboration dans le cadre des forums internationaux, des relations politiques entre Moscou et New Delhi étaient en stagnation. Pour le Kremlin, qui se baignait dans les pétrodollars, l'Inde continuait d'être un Etat-client du complexe militaro-industriel russe. L'histoire du porte-avions «Admiral Gorchkov», qui a compromis, à un certain moment, la confiance politique, est une leçon important pour l'Inde». Selon l'expert, aujourd'hui Poutine a une chance d’évaluer le potentiel de l'économie indienne à sa juste valeur et de cesser de considérer ce pays uniquement comme un acheteur de l'armement et de l’équipement russes.
Nezavissimaïa gazeta/ Kommersant/ Gazeta.Ru
Déploiement du bouclier antimissile américain: le mécontentement de Moscou
Le nouveau Traité de réduction des armements stratégiques offensifs (START) pourrait ne pas être signé avant le sommet sur la non-prolifération nucléaire qui se tiendra les 12 et 13 avril à Washington, lit-on jeudi dans les quotidiens Nezavissimaïa gazeta, Kommersant et Gazeta.Ru.
Au cours d'entretiens informels, les négociateurs ont fait savoir que le document est presque entièrement concerté, sauf sur le lien entre les armements offensifs et défensifs. D'après les données de certains experts, Moscou a freiné les négociations pour manifester son mécontentement à Washington face aux projets de déploiement du bouclier antimissile américain.
Les experts et les diplomates avaient souhaité que le traité START soit signé avant la rencontre multilatérale sur la sécurité nucléaire qui se tiendra à Washington. Sinon, la Russie et les Etats-Unis qui, d'une part, soutiennent l'idée du "zéro nucléaire global" et, de l'autre, sont incapables de s'entendre sur le désarmement, montreraient un mauvais exemple aux autres membres du club nucléaire. Mais le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a déclaré hier que personne n'avait l'intention de rattacher la signature à telle ou telle date. De toute évidence, Washington ne se préoccupe pas beaucoup de son image.
Comme cela a déjà été mentionné plus haut, les négociateurs affirment, au cours d'entretiens informels, que la question du lien entre les armements offensifs et les armements défensifs, c'est-à-dire la défense antimissile, n'est toujours pas résolue. Selon une source proche des négociations de Genève, Moscou était sur le point de s’entendre avec Washington pour que le lien entre les armements stratégiques offensifs et la défense antimissile soit consacré dans le traité, mais les Etats-Unis ont fait ensuite marche arrière. "La forme du lien est une question à discuter. Nous voudrions que le sujet de la défense antimissile soit énoncé sous une forme contraignante et qu'il soit mentionné dans le traité sous forme de l'engagement à ne rien faire de ce qui pourrait accroître ou diminuer les possibilités des parties en matière de défense antimissile en ajoutant tels ou tels systèmes", a expliqué au quotidien Kommersant un diplomate russe. Il n'a pas exclu que le lien susmentionné puisse être stipulé dans un document additionnel au nouveau traité START.
"Moscou a décidé de manifester son mécontentement politique face à une nouvelle décision unilatérale de Washington de déployer un système opérationnel tactique de défense antimissile dans le Sud de l'Europe sans consulter la Russie", a déclaré au quotidien Nezavissimaïa gazeta Alexeï Arbatov, directeur du Centre de sécurité internationale de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales (IMEMO) de l'Académie des sciences de Russie, en commentant le report de la signature du traité.
Même si les armements défensifs sont mentionnés dans le traité, il ne faut pas surestimer ce fait, a déclaré au quotidien Gazeta.Ru le général Vladimir Dvorkine de l'IMEMO. "En fin de compte, ce ne sera qu'une déclaration, même confirmée juridiquement ", estime le spécialiste du désarmement nucléaire. Il se peut que les Américains aillent au-devant de Moscou et lui proposent un format de consultations en rapport avec le déploiement de sites du bouclier antimissile en Roumanie ou dans d'autres pays, suppose-t-il.
Kommersant
Base aérienne de Manas: les Etats-Unis resteront au Kirghizstan
David Petraeus, chef du commandement central américain, s'est rendu hier au Kirghizstan, où ont eu lieu des négociations avec président Kourmanbek Bakiev, lit-on jeudi dans le quotidien Kommersant.
Le président kirghiz a assuré l’émissaire du Pentagone que son pays était intéressé par une situation stable en Afghanistan et ne s’oppose donc pas à ce que l'aéroport international de Manas soit exploité par les militaires américains.
Cela signifie que Bichkek ne demandera pas la rupture de l'accord, selon lequel les Etats-Unis utilisent l'aéroport de Manas comme un Centre de transit pour le transfert des militaires et des frets militaires en Afghanistan. L'accord expire le 22 juin, cependant si aucune des deux parties n'expriment le désir de le résilier, la présence américaine sera prolongée automatiquement pour encore une année.
Le 20 février, le président kirghiz a mené des négociations avec Richard Holbrooke, émissaire américain pour l'Afghanistan et le Pakistan. A son retour à Washington, Holbrooke avait déclaré que le gouvernement du Kirghizstan acceptait de prolonger l'accord de Manas, et n’avait pas caché que la question concernant le Centre de transit avait été primordiale durant son séjour d'un jour à Bichkek.
Cependant au Kirghizstan, les adversaires de la présence militaire américaine dans le pays se sont ranimés. L'association «Le Conseil des aksakals» (Le Conseil des Anciens) a demandé, hier, le retrait des troupes américaines. Selon Omorbaï Narbekov, académicien et membre du Conseil, cette demande a eu pour prétexte la reconnaissance par Abdolmalek Righi, leader du groupe terroriste iranien Jundallah (Soldats d'Allah), du fait que les instructeurs américains préparaient des combattants pour le renversement du régime iranien en place. «Ce n'est un secret pour personne. Les Etats-Unis se sont débarrassés de l'Irak, et se sont mis à l'Iran. Ils envisagent de déstabiliser la situation dans les pays de l'Asie centrale pour les entraîner dans la guerre, comme c'était le cas avec l'Afghanistan», a dit l'académicien. « Il n'y a aucune garantie que demain l'Iran n'attaque pas le Kirghizstan », a déclaré à la conférence de presse un autre membre du conseil des anciens.
Abdolmalek Righi a été arrêté par les services secrets iraniens, le 23 février, à bord d'un Boeing 737 kirghiz. Plus tard, Téhéran a déclaré que le détenu avait avoué avoir travaillé comme agent des services secrets américains, britanniques et israéliens et qu’il allait à Bichkek pour rencontrer un haut fonctionnaire des Etats-Unis sur le territoire du centre de transit.
Vedomosti /Vremia novosteï
Les Européens tentent de réconcilier Nabucco et South Stream
Eni propose de réunir Nabucco et South Stream, projets concurrents de gazoducs pour accroître les revenus de tous les participants. Selon les experts, cet accroissement serait payé par Gazprom, lit-on jeudi dans les quotidiens Vedomosti et Vremia novosteï.
Paolo Scaroni, le PDG du consortium italien Eni (partenaire de Gazprom dans le gazoduc South Stream), a proposé de réunir les projets South Stream et Nabucco. C'est une fusion stratégique, estime-t-il: "Elle permettra de réduire les frais et d'accroître les revenus communs".
L'objectif des deux projets est d'approvisionner en gaz l'Europe du Sud et l'Europe centrale. South Stream (participants: Gazprom et Eni, coût préalable du projet: 25 milliards d'euros) suppose l'acheminement d'environ 63 milliards de m3 de gaz russe sous la mer Noire; Nabucco (actionnaires: l'allemand RWE, l'autrichien OMV, l'hongrois MOL, le roumain Transgaz, le bulgare Bulgargaz et le turc Botas, coût préalable: 8 milliards d'euros) devrait transporter environ 31 milliards de m3 de gaz de la Caspienne via la Turquie.
Réunir ces deux projets est une proposition hardie, surtout que l'objectif stratégique de Nabucco est de donner une alternative au gaz russe, estime Dossym Satpaïev, le directeur de la société conseil Groupe d'évaluation des risques: "Il est douteux que la Russie accepte cette fusion, puisque Nabucco est soutenu non seulement par l'UE, mais aussi par les Etats-Unis".
Cette idée n'est pas à l'étude, a déclaré un employé de Gazprom. Un représentant d'Eni n'a pu commenter l'essence de la proposition, en ajoutant qu'il pourrait y avoir une explication le 12 mars, lorsque le consortium présentera son plan stratégique de développement de la compagnie pour 2010-2013.
D'ici 2020, l'Europe aura besoin de 180 milliards de m3 supplémentaires de gaz, a déclaré pour expliquer son raisonnement Paolo Scaroni. En ce moment, E.On Ruhrgas et GDF Suez achètent la majeure partie du gaz à Gazprom et à StatoilHydro, mais le marché changera fortement, estime-t-il. L'Amérique produira davantage de gaz de schiste et réduira l'importation en rendant le gaz disponible pour d'autres pays. Le renoncement des Etats-Unis à l'importation de gaz (actuellement, 16% de sa consommation) entraînera l'apparition de matière première superflue et intensifiera la lutte pour les débouchés, estime également Martin Walker de A.T. Kearney. En 1990, seulement 10% du gaz avaient été extraits de sources non traditionnelles aux Etats-Unis, cet indice dépasse actuellement 40% et il peut atteindre 60% d'ici 2020.
Les deux projets sont très vagues: les sources d'alimentation de Nabucco ne sont toujours pas claires et la demande de gaz est très incertaine sur le marché européen sur lequel reposent les deux projets, fait remarquer Valeri Nesterov de Troïka Dialog. L'UE gagnera à la réalisation des deux projets, affirme Mikhaïl Kortchemkine, le directeur d'East European Gas Analysis: "Un marché libéral du gaz apparaîtra en Europe, ce qui fera baisser les prix. Les pays européens auront des profits provenant du transit, mais c'est Gazprom qui le paiera: le marché libéral remplacera les contrats à long terme et les livraisons du monopole gazier russe ne s'accroîtront pas".
Ces textes tirés de la presse russe n'engagent pas la responsabilité de RIA Novosti.