Zoom sur la presse russe
Revue de la presse russe du 15 mars

Revue de la presse russe
© flickr.com/ by pedrosimoes7
Gazeta.ru/ Kommersant/ Gazeta/ RBC Daily
La société sort de l'anabiose
Les résultats du vote du 14 mars, peuvent paraitre sensationnels, lit-on lundi dans les quotidiens Gazeta.ru, Kommersant, Gazeta, et RBC Daily.
Le parti Russie unie n’a pas remporté la mairie d'Irkoutsk. Dans les huit régions où se déroulaient les élections aux assemblées législatives, les membres du parti étaient en tête, mais dans la plupart des cas, ils n’obtenaient pas 50 %. Au sein de Russie unie ce résultat est considéré comme un succès, mais les experts indépendants parlent de l'échec du «parti du pouvoir».
Dimanche dans les 76 sujets de la Fédération de Russie il y a eu plus de 6 000 référendums et élections de différents niveaux Les résultats les plus sensationnels sont ceux d'Irkoutsk, où on a élu le maire de la ville. Le candidat du Parti communiste russe Victor Kondrachov a remporté deux fois plus de voix sur le candidat de Russie Unie Sergei Serebrennikov.
Le mouvement d'opposition en général est fort dans la ville. Et en premier lieu à cause des protestations contre la reprise des travaux de l'usine de cellulose de Baïkalsk qui rejette ses déchets dans le lac Baïkal. Le premier ministre Vladimir Poutine a signé la résolution sur le redémarrage de l’usine justement au tout début de la campagne électorale, et finalement le problème écologique de l'usine de cellulose de Baïkalsk est devenu un des sujets principaux de la campagne électorale.
Malgré les pronostics des leaders de Russie unie à la veille du vote selon lesquels le parti du pouvoir recevrait aux élections parlementaires plus de 50 % des voix dans les huit régions, les premiers résultats ne correspondaient pas aux pronostics. Une source à la direction de Russie unie a dit au quotidien Kommersant que les bilans préliminaires du vote «ressemblent à une onde de protestation, quand on vote pour n’importe qui, simplement pour voter contre le pouvoir».
Les experts indépendants ont qualifié les résultats de Russie unie d'échec. «Si on regarde la campagne hystérique qu’a fait la Russie unie, ce sont de bien tristes résultats : presque partout moins de 50 % », a déclaré à Gazeta.Ru Alexandre Kynev, chef des programmes régionaux de la Fondation pour le développement de la politique d'information. D'après lui, les élections ont montré le changement actuel de l’opinion publique: la société sort de l'anabiose.
Ainsi le politologue trouve symptomatique l'exemple d'Irkoutsk. « Ce n'est pas un cas isolé, souligne M. Kynev. C’est la tendance générale. Et ces résultats deviendront un signal fort, qui sera entendu par les élites et ceux, qui soutenait Russie unie à contrecœur».
«Le temps des changements politiques se prépare en Russie, a déclaré au quotidien Gazeta, Alexander Rahr, directeur des programmes pour la Russie et les pays de la CEI du Conseil allemand de politique étrangère. Russie unie, se trouvant sous grande pression (y compris du côté du président), doit lutter maintenant contre les concurrents qui se renforcent. Mais pour Medvedev et Poutine il est très important de voir comment se déploient les sympathies de la population: du côté d’une modernisation autoritaire et conservatrice, ou du côté d’une modernisation libérale».
Kommersant
Une chaîne de TV géorgienne persuade le pays du début d'une nouvelle guerre contre la Russie
Samedi dernier la chaîne de télévision géorgienne Imedi a fait une expérience scandaleuse sur ses citoyens, lit-on lundi dans le quotidien Kommersant.
En prime time, Imedi a annoncé l'invasion des troupes russes, le meurtre du président Saakachvili et l'arrivée au pouvoir «de forces pro-moscovites» avec les opposants Nino Bourdjanadzé et Zourab Nogaïdeli à leurs têtes. Ce n’est qu’à la fin de ce reportage de 30 minutes que le présentateur a annoncé que tout ce qui a été décrit se passerait le 7 juin, jour de l'ouverture de la Coupe du Monde de football.
La panique a commencé dans le pays: les téléspectateurs les plus sensibles ont eu des accidents cardiaques, et ceux qui étaient plus solides se sont mis à faire des provisions de produits alimentaires et de carburant. L'opposition et les experts indépendants affirment que le reportage a été commandé par le pouvoir qui a décidé de préparer ainsi les électeurs à la principale bataille politique de l'année – celle pour le poste de maire de Tbilissi.
Les élections qui auront lieu le 30 mai 2010, seront l'événement clé de la vie politique géorgienne. Le poste de maire de la capitale est considéré comme une bonne piste de départ dans la lutte pour le fauteuil de président, que Saakachvili sera obligé de libérer en 2013, et l'opposition ne cache pas ses ambitions de lutter pour ce poste. Les partis d'opposition ont déjà promis d’organiser des élections primaires et de choisir un candidat commun à la mairie de la capitale pour que, ainsi consolidés, leurs chances soient augmentées.
«Finalement ce reportage jouera le jeu des pouvoirs. La crise de nerfs actuelle passera bientôt, a remarqué David Avalichvili, politologue indépendant. Mais si après les élections du 30 mai l'opposition tente, comme d’habitude, d’organiser des actions de protestation, les gens se souviendront de ce reportage et établiront les parallèles, car «Les chroniques d’un avenir horrible» ont commencé justement par les actions de la protestation contre la falsification des élections du maire».
«Ça arrive chaque fois à la veille des événements politiques importants, dit Erossi Kitsmarichivili, ex-ambassadeur de Géorgie à Moscou et un des chefs actuels de la chaîne de télévision d'opposition Maestro. En 2006 il y avait des élections aux collectivités locales, et il y avait eu une horrible provocation, l’arrestation d’officiers russes, et puis une détérioration des relations avec la Russie sans précédent. En 2007 est apparue une information accusant les leaders de l'opposition de collaboration avec des services secrets russes. En 2008 avant les élections législatives et présidentielles on a joué de nouveau « la carte russe ». Le drame d'aujourd'hui juste avant les élections du maire est de nouveau un moment de mobilisation».
Gueorgui Targamadzé, ancien journaliste de la chaîne de télévision Imedi et leader actuel du Parti chrétien-démocrate de Géorgie est convaincu de la commande politique du pouvoir. «Aujourd’hui la politique de la chaîne de télévision est absolument sous contrôle du pouvoir. Il suffit de rappeler que le chef d’Imedi (Gueorgui Arveladzé) est l'ex-ministre de l'Economie et ex-chef de l'administration de Saakachvili. L’incident est directement lié aux élections du maire. Le pouvoir tâche d'aggraver la situation et de montrer que la Russie tente de manipuler la politique intérieure de la Géorgie».
Vedomosti
Le premier ministre russe a la mémoire courte
Les compagnies étrangères en Russie travaillent selon les mêmes règles que les compagnies russes, a déclaré vendredi Vladimir Poutine lors d'une conférence en ligne à New Delhi, lit-on dans le quotidien Vedomosti.
Selon lui, il ne connait pas une seule compagnie étrangère qui se soit ruinée ou qui ne soit pas satisfaite. On peut penser que les affaires importantes de l'Etat ne permettent pas au chef du cabinet des ministres de retenir la totalité des informations sur tous les agents économiques. C'est pourquoi le quotidien Vedomosti a décidé de lui rappeler quelques épisodes.
Par exemple, en 2006 Gazprom avait délogé les compagnies Shell, Mitsui et Mitsubishi du grand projet de mise en valeur des gisements de Sakhaline. Après que Rosprirodnadzor (le Service fédéral de contrôle en matière d'exploitation des ressources naturelles) eût découvert de nombreuses infractions écologiques de l'opérateur du projet Sakhalin-2, Sakhalin Energy, les sociétés étrangères prirent la décision de céder le contrôle du projet à Gazprom. La compagnie russo-britannique TNK-BP avait promis de vendre à Gazprom 62,8% de Rusia petroleum possédant la licence pour le gisement de Kovykta, après quoi le ministère des Ressources naturelles menaça de lui retirer sa licence pour non respect des délais d'exploitation.
Les mésaventures subies en Russie par la compagnie suédoise IKEA, dont l'intolérance de la corruption est connue, l'avaient même poussée à écrire un livre: le premier directeur général du groupe IKEA Russie, Lennart Dahlgren, y parle d'extorsion de pots-de-vin, du prix d'une rencontre avec le président et des autres réalités russes.
La compagnie norvégienne Telenor qui a failli être privée des investissements dans le groupe russe Vympelcom connaît d’expérience les règles russes de mener les affaires. Quant au groupe français Total, il se souvient probablement jusqu'à présent des prétentions du Comité olympique russe à 3% des recettes du projet (en échange du soutien) et de l'exigence (avancée avec le recours au parquet) de construire des installations sportives d'une valeur de 70 millions de dollars.
Poutine a probablement oublié que l'investisseur international George Soros avait quitté la Russie après l’épisode peu reluisant de la privatisation de Sviazinvest. Ainsi que la déclaration faite l'année dernière par le magnat des médias Rupert Murdoch, selon laquelle il craignait d'investir en Russie et qu'il avait l'intention de vendre son actif russe. Le prestigieux réseau de distribution français Carrefour a récemment quitté la Russie en raison de l'absence de perspectives après l'adoption de la loi russe sur le commerce.
On ne sait pourquoi le premier ministre a aussi oublié la mort tragique en prison du juriste Sergueï Magnitski. Il travaillait pour le fonds d'investissement britannique Hermitage (qui avait investi 4 milliards de dollars en Russie vers 2006) qui accuse les hauts fonctionnaires de la police de Moscou d'avoir encouragé le pillage des sociétés appartenant au fonds, après quoi 5,4 milliards de roubles (134 millions d'euros) furent volés du budget grâce à ces sociétés.
Le premier ministre ne se souvient pas non plus de la loi sur l'accès des étrangers aux secteurs stratégiques. Selon l'OCDE, cette loi a fermé 52% de l'économie russe aux investisseurs étrangers.
Nezavissimaïa gazeta
L'ombre de la bombe iranienne plane au-dessus du Grand Proche-Orient
L'apparition de l'arme nucléaire en Iran transformera le Grand Proche-Orient en "poudrière nucléaire" à l'instar des Balkans qui furent une "poudrière" pour l'Europe, lit-on lundi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.
Par conséquent, la possibilité de bombardement des sites nucléaires iranien par les Etats-Unis ou Israël apparaît au premier plan des discussions actuelles.
Il est peu probable que les Etats-Unis prennent le risque de lancer une telle action. Les militaires américains ont certainement des projets de frapper l'Iran, mais cela ne signifie nullement que les dirigeants américains se décident à employer la force. En réponse, Téhéran peut attaquer les troupes américaines en Afghanistan et en Irak. Il n'est pas non plus exclu que l'Iran frappe les puits de pétrole en Arabie Saoudite, aux Emirats arabes unis et au Koweït. Au final Al Qaïda et les talibans chanteront victoire et la guerre contre les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan reprendra de plus belle. Washington qui y combat infructueusement depuis plusieurs années devra s'engager dans une troisième guerre, plus dangereuse, en Iran.
On peut plutôt s'attendre aux frappes d'Israël contre les sites nucléaires iraniens. L'apparition de l'arme nucléaire en Iran peut représenter un danger mortel pour Israël que Téhéran menace de rayer de la surface de la terre. Compte tenu de la taille du territoire de l'Etat hébreu, de la densité de sa population et de son climat chaud, il suffira pour cela une ou deux bombes nucléaires comme celles larguées sur Hiroshima et Nagasaki. Le Hamas, le Hezbollah et la Syrie sur les hauteurs du Golan achèveront le reste.
C'est pourquoi, estiment de nombreux spécialiste, il serait moins dangereux pour Israël de porter des frappes aux sites nucléaires en Iran afin de l'empêcher de créer l'arme nucléaire que de se retrouver dans une situation où Téhéran détiendra cette arme.
Savoir quand peut avoir lieu cette opération militaire dépend des prévisions sur les délais de création de l'arme nucléaire par l'Iran.
Amos Yadlin, chef du renseignement militaire israélien, avait déclaré fin 2008 que l'Iran avait déjà franchi l'étape technique et qu'il était capable de créer une charge nucléaire, mais que, pour l'instant, il faisait simplement trainer les choses. Les évaluations de Washington sont analogues. Dennis Blair, directeur du Renseignement national des Etats-Unis, a déclaré le 10 mars 2009 que l'Iran était "techniquement capable de produire un uranium assez hautement enrichi pour fabriquer une charge nucléaire en 2010-2015".
Les renseignements russes restent silencieux: aucune évaluation n'a encore été citée par la presse. Cependant, les atomistes russes avec qui l'auteur de ces lignes s'était entretenu début 2007 estimaient que les travaux de création de l'arme nucléaire en Iran s'effectuaient et qu'il pourrait créer sa bombe nucléaire en 2012-2017.
La question de savoir si l'Iran est capable de créer la bombe nucléaire et quand, a atteint un point critique. Par conséquent, la communauté internationale doit choisir d'urgence une façon d'agir.
Auteur: Oleg Grinevski, directeur du Centre Europe-Etats-Unis de l'Institut de l'Europe de l'Académie des sciences de Russie.
Ces textes tirés de la presse russe n'engagent pas la responsabilité de RIA Novosti.

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