Zoom sur la presse russe
Revue de la presse russe du 19 mars

Revue de la presse russe
© flickr.com/ by pedrosimoes7
Kommersant
Russie - Etats-Unis: les divergences sur l’Iran persistent
Le premier jour de la visite en Russie de la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a mis en évidence des divergences considérables dans les positions de Moscou et de Washington sur un problème clé: le programme nucléaire iranien, lit-on vendredi dans le quotidien Kommersant.
La date du lancement de la centrale nucléaire de Bouchehr a suscité hier une dispute publique entre Hillary Clinton et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe. Pourtant, il semblait encore récemment que les parties n'avaient pas de divergences sur l'Iran. Les experts estiment que la brouille soudaine peut être expliquée par la récente accélération des projets américains de déploiement de la défense antimissile (ABM) en Europe.
Concernant le sort de la centrale nucléaire de Bouchehr, Sergueï Lavrov a assuré que "ce projet serait mené à bien" et que "les mesures prises en vue d'assurer toutes les normes technologies seraient bientôt finalisées". Cette réponse était attendue: quelques heures avant la conférence de presse, le premier ministre Vladimir Poutine a déclaré à Volgodonsk, lors d'une réunion sur le nucléaire civil, que le premier réacteur de la centrale nucléaire de Bouchehr serait mis en service l'été prochain. Cette déclaration a affligé Hillary Clinton qui s'est empressée de signaler que les Etats-Unis étaient contre le lancement de la centrale nucléaire de Bouchehr jugé "prématuré".
Cette brève dispute a montré que Moscou et Washington n'ont pas de point de vue commun sur le problème iranien. D'ailleurs, selon des sources au ministère russe des Affaires étrangères, la Russie n'a jamais promis de soutenir les sanctions dans la rédaction proposée par les Américains ou de renoncer au projet de Bouchehr. Une source au sein de l'administration de Dmitri Medvedev a déclaré: "Notre point de vue n'a nullement changé. Nous sommes pour des "sanctions intelligentes", et non pour des sanctions dont le seul but est de sanctionner et qui ne feraient que frapper le peuple iranien".
Pourtant, les experts sont certains que le refus de Moscou d'aider Washington à punir Téhéran ne s'explique pas seulement par leur préoccupation du peuple iranien. "Comme on dit en Amérique, il n'y a pas de déjeuners gratuits, a déclaré le président de l'Institut du Proche-Orient Evgueni Satanovsky. Pour entraîner la Russie dans la lutte contre l'Iran, les Etats-Unis doivent offrir une bonne récompense qui arrangerait Moscou. Celle-ci a été maintes fois abordée, à commencer par le discours de Vladimir Poutine à Munich".
Selon l'expert, "l'essentiel, c'est le renoncement aux sites de défense antimissile en Europe de l'Est, ou le travail commun en vue de créer ce système. Pour l'instant, en dissertant à propos du "redémarrage", l'administration Obama suit la même voie que Bush fils". "La progression vers le traité START n'a rien à voir avec la transaction sur l'Iran. En tant que Prix Nobel de la paix, Obama a besoin de plus de progrès que Medvedev", estime Evgueni Satanovsky. Selon lui, avant l'élimination des divergences sur la défense antimissile, il est vain de compter que Moscou apporte son soutien à des sanctions anti-iraniennes dures.
Gazeta.ru
Israël pourrait jouer son va-tout à l'égard de l'Iran
La réunion du Quartet proche-oriental à Moscou est un événement formel qui n'engage à rien: personne ne s'attend à un miracle, lit-on vendredi dans le quotidien Gazeta.ru.
Cependant, dans une situation où rien n'augure ni réconciliation, ni même dialogue raisonnable, il est de plus en plus probable qu'Israël se décide à lancer une action violente contre l'Iran.
A Moscou, on a l'intention de parler de paix, même si les rapports entre les Etats-Unis et Israël se sont aggravés de manière inattendue et sans précédent. L'administration américaine s’est offensée de l’annonce du ministère israélien de l'Intérieur au cours de la visite de Joe Biden sur l'extension de la construction de quartiers juifs à Jérusalem-Est. Mettre en mauvaise situation le deuxième personnage d'une superpuissance, arrivé pour lancer des pourparlers indirects, est un affront. Et l'Etat, dont l'existence dans un entourage hostile dépend principalement du soutien américain, devra le payer.
A présent, Barack Obama qui a un grand besoin de succès ou au moins d’éviter les échecs, peut exprimer son offense et exiger un assouplissement de la politique israélienne pour sortir le processus proche-oriental de l’impasse. D'autres membres du Quartet sont enclins à soutenir cette tactique. Les Européens sont enragés, car les organisateurs de l'assassinat d'un dirigeant du Hamas à Dubai, dont on soupçonne être les services secrets israéliens, se sont servis de faux passeports européens. Quant à Moscou, il a toujours estimé que Washington exerçait une pression insuffisante sur Israël.
Le gouvernement de Benjamin Nétanyahou possède une marge de manœuvre très restreinte. La fragile coalition peut se désintégrer facilement et l'opinion publique rejette la réconciliation. Quant à Mahmoud Abbas, ses possibilités de parvenir à un compromis sont aussi très limitées. Pourtant, nombreux sont ceux qui le considèrent comme le dernier dirigeant Palestinien capable d'accepter un compromis avec Israël, car n'importe lequel de ses successeurs sera bien plus radical.
Dans ces conditions, on peut supposer un scénario hypothétique, selon lequel Israël jouera son va-tout. Le processus diplomatique autour du programme nucléaire de Téhéran s'est enlisé. On parle de sanctions, mais on a peur de les prendre: que faudra-t-il faire si elles ne produisent pas l'effet escompté? Israël qui voit en l’Iran une menace pour son existence a laissé entendre maintes fois qu'il n'attendrait pas indéfiniment que la communauté internationale prenne une décision.
Une action israélienne violente contre les sites nucléaires iraniens entraînera une brusque aggravation de la situation dans toute la région. Les Etats-Unis n'auront alors pas d'autre choix que de soutenir leur allié éprouvé aussi bien contre Téhéran que contre le Hamas et le Hezbollah qui seront probablement engagés par l'Iran pour une réponse asymétrique.
Cette variante est lourde de conséquences imprévisibles, mais le renforcement des contradictions, sous couvert d’efforts diplomatiques, conduira aussi tôt ou tard à une explosion.
Auteur: Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Rossia v globalnoï politike (La Russie dans la politique globale).
Kommersant
L’OPEP aperçoit une menace russe
L’OPEP craint l'augmentation des livraisons du pétrole russe dans la région Asie-Pacifique par l'oléoduc Sibérie orientale - Pacifique (VSTO), lit-on vendredi dans le quotidien Kommersant.
Pourtant, les experts ne voient aucune menace au cartel pétrolier: le pétrole russe n’aura pas d’influence assez signifiante sur les prix dans la région tant que le deuxième tronçon du VSTO ne sera mis en marche et que les volumes des livraisons ne seront portés à 80 millions de tonnes de barils par an minimum. Les inquiétudes de l’OPEP peuvent être liées aux projets de renforcement de la présence des membres du cartel sur le marché asiatique.
«On ne peut pas éviter les problèmes», a déclaré le représentant de la Libye lors la récente réunion de l’OPEP à Vienne. «L'irritation de l’OPEP est compréhensible, mais elle n'a pas de vrais raisons d’être, estime Valeri Nesterov de Troïka Dialog. Le pétrole russe ne présente aucune menace pour l’OPEP, puisque qu’il s’agit de volumes incomparables».
La part du pétrole russe représente moins de 1% du marché asiatique, rappelle Nesterov. Au premier trimestre 2010, 3,1 millions tonnes de pétrole ont été livrées par VSTO aux pays de la région Asie-Pacifique. Au total, en 2010, on prévoit de livrer 15 millions de tonnes, en plus des 15 millions de tonnes transportées annuellement par Rosneft en Chine par voie de chemin de fer dans le cadre d’un contrat à long terme qui a été déjà payé.
De plus, l'analyste a remarqué que le pétrole du VSTO par sa composition est comparable à celui de la marque Urals et de meilleure qualité que celui du Golfe. Au début, le pétrole russe était vendu avec une réduction, maintenant les prix se sont stabilisés. Le pétrole du VSTO reste attirant pour les consommateurs, non seulement pour la Chine, mais aussi pour le Japon et la Corée, qui s’inquiètent de leur dépendance excessive des livraisons du Golfe et souhaitent diversifier les sources d’importations.
Selon Nesterov, la réduction des prix de livraisons de l’OPEP en avril et les déclarations dures envers la Russie sont «le comportement naturel des concurrents dans un conflit d’intérêts locaux».
«Nos pétroliers n’ont jamais satisfait la demande de l’OPEP concernant la réduction de la production et n’ont pas d’envie de le faire», rappelle Mikhaïl Kroutikhine de Rus Energy. Selon lui, les livraisons par le VSTO sont «une goutte d'eau dans la mer, incapable influencer le marché». Quant à la révision à la baisse des prix du pétrole de l’OPEP en avril, il y a d’autres raisons. «L'Arabie Saoudite et d'autres pays de l’OPEP reorientent leur attention des États-Unis, où on constate en ce moment une surabondance du pétrole, vers la Chine et d’autres pays de la région asiatique. Ils louent là-bas des réservoirs à pétrole, et baissent les prix. C’est une invasion stratégique du marché, et le pétrole du VSTO n’a rien à voir avec ça », estime Mikhaïl Kroutikhine.
Vedomosti
Le concepteur du missile Boulava critique ouvertement «la verticale du pouvoir»
Iouri Solomonov, concepteur général du missile balistique naval Boulava, expose dans son livre «La verticale nucléaire», l'inefficacité des prises de décisions au sein du complexe militaro-technique en Russie, lit-on vendredi dans le quotidien Vedomosti.
Dans ce livre, sorti en mars, le constructeur en chef de l'Institut de technologies thermiques de Moscou (MIT), l’académicien Iouri Solomonov, ainsi que les fonctionnaires et les généraux qui travaillent dans le domaine balistique apparaissent sous des pseudonymes facilement identifiables.
«Le système, s'appuyant sur la verticale du pouvoir, ne fonctionne pas», estime Iouri Solomonov. Selon lui, les méthodes «militaro-policières» de gestion de Poutine qui ont conduit à la domination des « fonctionnaires gris » après «la période du veule eltsinisme », étaient inévitables, mais ils n'ont pas pu empêcher la dégradation de l'industrie.
Sous la direction de M. Solomonov, le MIT a élaboré les missiles intercontinentaux Topol, Topol-М et Boulava. Les échecs de ce dernier ont conduit en été 2009 à la démission de M. Solomonov de son poste de directeur du MIT, mais il est resté concepteur général.
Les mémoires d’un concepteur général de l’industrie de guerre, et ses estimations de la direction politique, sont sans précédent, constate Rouslan Poukhov, membre du conseil public du ministère de la Défense. Il faut considérer ce livre comme une fiction, ajoute-t-il, estimant que c’est un genre d’excuse pour les problèmes qu’a connu le Boulava. Les fonctionnaires, que l'auteur critique, dans la situation difficile des années 90, ont débusqué des milliards de roubles pour le MIT. Vedomosti n’a pas réussi à obtenir des commentaires de la part de M.Solomonov.
Ces textes tirés de la presse russe n'engagent pas la responsabilité de RIA Novosti.

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